Les « Leçons de Ténèbres » de Couperin par les Nouveaux Caractères

Les mélomanes avignonnais furent heureux de retrouver l’ensemble Les Nouveaux Caractères que fondèrent en 2006 la soprano Caroline Mutel et son mari le claveciniste Sébastien d’Hérin. Grand connaisseur du répertoire baroque ou classique français, cet ensemble dans un format resserré (outre le maître, claveciniste et organiste, Sébastien d’Hérin, le violiste, Martin Bauer et la violoncelliste, Hager Hanana) entoura délicatement la soprano (1er dessus), Caroline Mutel et la mezzo-soprano Julie Robard-Gendre, bien connues toutes deux à Avignon et rompues à la musique du siècle de Louis XIV notamment ; Ces parfaits musiciens  interprétèrent les trois  « Leçons de Ténèbres pour le Mercredi saint » que François Couperin, « le Grand », composa en 1714 pour les religieuses de l’abbaye royales de Longchamp, excellentes musiciennes. Ce sont les Lamentations de Jérémie tirées de la Bible qui sont ici mises en musique, évoquant, pour les catholiques,  la solitude du Christ abandonné par ses apôtres. En prélude à ces Leçons on entendit quelques pages instrumentales de Louis Couperin (Pièces pour viole ou pour clavecin) et de son neveu François (« La Pompe funèbre ») et aussi, précédant la Première Leçon, une belle transcription d’une Passacaille tirée de l’« Armide » de Lully signée Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691) compositeur et claveciniste français du Grand Siècle. 

La soprano Caroline Mutel chanta de sa belle voix claire la « Première Leçon » qui concilie finement les styles français et italien, alternant récitatif et arioso. Puis la mezzo-soprano Julie Robard-Gendre qui se substitua brillamment à Chantal Santon-Jeffery annoncée mais indisponible, chanta avec chaleur et quelques émouvants accents tragiques la « Deuxième Leçon » en un riche dialogue avec la viole de gambe de Martin Bauer. Enfin les deux cantatrices se rencontrèrent pour chanter la superbe « Troisième Leçon », un des sommets de la musique baroque du Siècle de Louis XIV, en un duo brillant, et pourtant pétri de recueillement, composé de somptueuses vocalises, appogiatures et ornements. Reporté à deux reprises pour cause de pandémie, ce magnifique concert sera marqué d’une pierre blanche dans la mémoire de ses auditeurs enthousiastes (13 mars 2022).