Saison 2021-2022

Début de saison étincelant pour l’Orchestre National Avignon-Provence

Le concert d’ouverture de la saison 2021-2022 de l’Orchestre National Avignon-Provence « Maestoso » portait la marque de sa directrice musicale  la cheffe d’orchestre Debora Waldman ; figuraient en effet au programme deux œuvres méconnues des mélomanes lambda encadrant le célèbre troisième Concerto pour piano et orchestre de Beethoven. En ouverture, une page d’Étienne-Nicolas Méhul (1763-1817), auteur du célèbre « Chant du Départ », l’ouverture de son opéra-comique « L’Irato » (L’Emporté) composé en 1801 dans un style nettement plus léger que celui de ses opéras antérieurs ce qui surprit Bonaparte, amateur d’opéras italiens, lorsqu’il assista à  la première de cette œuvre qui différait sensiblement des opéras (Horatius Coclès, Doria, Le Pont de Lodi, Adrien…) de Méhul fort en vogue à l’époque. Deborah Waldman en donna une lecture attrayante, toute de légèreté, bien dans l’esprit du Consulat qui avait vu naître cet opéra comique en un acte.

Seconde œuvre méconnue, la Symphonie n°1 en ut mineur de Louis Farrenc (1804-1875), compositrice française de grand talent du début du XIXesiècle ; c’est la première des quatre compositrices que Debora Waldman propose de redécouvrir au travers d’œuvres caractéristiques de ces musiciennes qui s’illustrèrent en leur temps dans notre pays. Cette  symphonie date de 1842 et fut fort appréciée à sa création. Notons que Louise Farrenc professeur au Conservatoire de Musique de Paris, au caractère bien trempé, ne composa aucun opéra ce qui explique sans doute la méconnaissance où on la tint. Cette symphonie, la première des trois que composa Louise Farrenc, s’articule très classiquement en quatre mouvements, un Andante sostenuto-Allegro dans le droit fil des dernières œuvres de Haydn, un Adagio cantabile tout de délicatesse, un solide Minuetto Moderato et un vivifiant Allegro assai au final ; ici on a quitté le XVIIIesiècle et l’ensemble laisse deviner non pas Beethoven ou Schumann, mais plutôt Schubert ou, mieux, Mendelssohn. En tout cas témoigne d’une forte personnalité musicale et fut, à juste titre, chaleureusement applaudi. Entre ces deux œuvres passionnantes, le pianiste virtuose Michael Levinas qu’on ne présente plus (compositeur, il est l’auteur notamment du formidable opéra « Les Nègres » d’après Jean genet) interpréta le 3eConcerto pour piano et orchestre que Beethoven acheva en 1803, un modèle du genre qui annonce, dans la même tonalité d’ut mineur sa 5eSymphonie. Belle soirée en perspective. Levinas en offrit une lecture très personnelle, avec un premier mouvement évoquant le siècle des Lumières et des sonorités de pianoforte et une somptueuse cadence, un deuxième mouvement qui fut un Lied d’une grande finesse méditative s’achevant par un Rondo d’une puissante énergie. Applaudissements nourris et rappels, d’où une page de Schumann en bis extraite des Scènes d’enfants. Magnifique concert d’ouverture donc qui laisse augurer d’autres grands moments musicaux cette saison (14 octobre). À suivre…!

« Contre Vents et Marées », « Peter Grimes » de Britten

La saison 2021-2022 a somptueusement débuté à l’Opéra Grand Avignon par une nouvelle production et dans une mise en scène de son directeur, Frédéric Roels, du chef d’œuvre de Benjamin Britten (1913-1976) qui est aussi le deuxième des seize opéras auxquels il a donné le jour. Il avait trente-et-un ans lorsque celui-ci fut créé à Londres en 1945. Composé sur un livret de Montagu Slater qui s’était inspiré du poème de George Crabbe, « The Borough » ((Le Bourg), « Peter Grimes »  est aujourd’hui considéré, à juste titre, comme un des opéras majeurs du second XXesiècle. Il conte l’histoire du pêcheur  Peter Grimes dont le mousse a disparu en mer ; soupçonné de l’avoir tué, il est disculpé ; son second mousse qu’il semble avoir rudoyé, et qu’il a effrayé, se suicide ; tout le village, à l’exception de l’institutrice Ellen Orford accuse Grimes  de ces deux morts ; le Captain Balstrode lui conseille de prendre la mer et de disparaître en coulant son bateau. Transposé dans les années 1970 du XXesiècle par Frédéric Roels, l’opéra de Britten évoque tout à la fois les enfants martyrisés et le coupable désigné sans preuves par la vox populi. Cela se situe sur ces côtes du Suffolk battues par les vents illustrant parfaitement le titre de la saison : « Contre vents et marées ». Une distribution de luxe, composite quant à l’origine des interprètes mais très homogène quant à la réalisation vocale et dramatique, pour cet ouvrage qui ouvrait en grand la salle rénovée de l’Opéra Grand Avignon. Et d’abord l’impressionnant Peter Grimes du ténor germanique Uwe Stickert, incarnant un personnage tout à la fois puissant et fragile ; à ses côtés la délicate et émouvante institutrice Ellen Orford que chantait l’avignonnaise Ludivine Gombert en progrès constants et qu’on ne cesse de louer ; imposant également le baryton américain Robert Bork dans le rôle du Captain Bastrode. Et aussi la talentueuse Auntie (Tantine, la patronne du cabaret Le Sanglier) de la contralto roumaine Cornelia Oncioiu aux côtés de laquelle virevoltaient les deux nièces ses filles, les sopranos françaises  Charlotte Bonnet et Judith Fa ; sans oublier l’acariâtre Mrs. Sedley de la solide mezzo-soprano française (d’origine russe) Svetlana Lifar qui poursuit obstinément Grimes de sa hargne. Mais tous les autres chanteurs mériteraient d’être cités qui se sont hissés au niveau des protagonistes sur le plan vocal et dramatique. Cela vaut également pour le chœur composé des chanteuses et chanteurs d’Avignon avec le renfort de sopranos et altos de Montpellier. Tous s’inscrivaient dans la formidable scénographie à variations de Bruno de Lavenère qui plongeait chanteurs et spectateurs dans une ambiance de mer déchainée du plus bel effet. Beaux costumes fait maison et pull-over de second mousse réalisé par le Club Tricot de l’Opéra ! Le tout sous les sombres lumières de Laurent Castaingt. À la tête de l’Orchestre National Avignon-Provence, le chef italien Federico Santi qui a fait rutiler les vents (cuivres et bois) omniprésents dans une riche partition. Le directeur de l’Opéra Grand Avignon a su mettre en valeur tous les éléments qu’il avait su réunir pour cette production audacieuse qui augure bien de la suite de la saison (17 octobre).