Mahler Symphonie n°5 « funèbre »

Cette symphonie a fait l’objet de vingt-neuf enregistrements de 1947 à 2008 ; c’est assez dire sa réputation, au reste méritée. Écrite au tout début du XXesiècle (en 1901-02), elle fut créée à Cologne en 1904 ; l’accueil fut des plus réservés ; elle connut plusieurs révisions. Son caractère funèbre tient sans doute au fait que Mahler subit en 1901 une hémorragie intestinale dont il faillit mourir ; elle s’articule en trois parties et cinq mouvements, le premier étant précisément une déchirante marche funèbre (Trauermarsch) en mineur, le deuxième est un « Orageux, avec véhémence » (Stürmisch bewegt, mit grösster Vehemenz), le troisième un Scherzo « Vigoureux, pas trop vite » (Kräftig, nicht zu schnell), le quatrième est le fameux « Adagietto » qui illustre « Mort à Venise », le film de Visconti ; la symphonie s’achève sur un Rondo-Finale en ré majeur. Ce monument qu’on  a découvert à l’Opéra d’Avignon exige un orchestre opulent, pas moins de quatre-vingt-douze musiciens; d’où la réunion des Orchestres Nationaux Avignon-Provence et Montpellier-Occitanie qui étaient dirigés de main de maître par Debora Waldman. Ce concert d’exception méritait le détour. La maestra Debora Waldman sut mettre en valeur avec une autorité souriante qui est sa marque chacun des mouvements de ce monument où s’affrontent alternativement les vents, et notamment les cors lors du troisième mouvement, et les cordes, ponctués de percussions omniprésentes. Marche funèbre initiale sombre et somptueuse à la fois, superbe Adagietto où les cordes qui soutiennent la harpe se déploient amplement magnifique et émouvant hommage à Alma Schindler que le compositeur venait d’épouser. Rondo final enlevé où pointent furtivement des thèmes populaires. Public subjugué par cette œuvre hors du commun (10 décembre 2021).