Une « Madama Butterfly » minimaliste

« Madama Butterfly » de Puccini est sans conteste, après sa création chaotique en 1904 à la Scala de Milan, un des plus célèbres opéras du répertoire, le sixième le plus joué au monde. Sur un livret d’Illica et Giocosa d’après une pièce de théâtre de David Belasco, l’opéra « Madama Butterfly » était intitulé « tragedia giapponese in duo atti » (tragédie japonaise en deux actes), mais il fut révisé plus tard et divisé en trois actes.  Cet opéra n’est pas sans évoquer la « Madame Chrysanthème » de Pierre Loti mais les deux personnages sont de caractères opposés. Butterfly est une jeune femme qui tombe amoureuse de l’officier de marine américain Pinkerton, lui donne un enfant et lui sacrifie sa vie. À Avignon, on vit une production de l’Opéra de Nice Côte d’Azur ; une mise en scène minimaliste de Daniel Benoin sous ses propres lumières dans les décors de Jean-Pierre Laporte et les costumes de Nathalie Berard-Benoin et Françoise Raybaud.  Daniel Benoin a transposé cette histoire dramatique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale mais toujours à Nagasaki après la chute de la bombe atomique américaine ; d’où un décor misérabiliste, une cabane côté cour et un portique, entrée de temple, côté jardin, pour une mise en scène minimaliste. L’héroïne de ce drame, Cio-Cio-San, fut incarnée par la soprano japonaise Noriko Urata au premier acte mais, souffrante, elle fut remplacée par sa doublure, la soprano française Héloïse Koempgen-Bramy qui assura avec force, autorité et sensibilié mêlées ce rôle écrasant ; sa suivante, Suzuki, fut chantée avec conviction par Marion Lebègue ; l’officier américain, Pinkerton, était campé  médiocrement par Avi Klemberg au contraire du consul des Etats-Unis, Sharpless, incarné, lui, par l’excellent Christian Federici. Belle interprétation également du solide Jean-Marie Delpas dans le rôle du bonze et oncle de Cio-Cio-San ou de Pierre-Antoine Chaumien en entremetteur Goro. On notera que Kate Pinkerton, jouée façon mime par Pascale Sicaud-Beauchesnais, était enceinte ! Le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, préparé de main de maître  comme d’habitude par Aurore Marchand, et l’Orchestre National Avignon-Provence étaient placés sous la houlette experte de Samuel Jean qui fit rutiler la somptueuse partition de Puccini. Décevant. (16 novembre 2021).