Avec Bach et Emmanuelle Bertrand, le violoncelle au sommet

Maître de chapelle du prince Léopold d’Anhalt-Köthen, lui-même musicien éclairé, Johann-Sebastian Bach connut là, de 1717 à 1723, une des plus heureuses époques de son existence ; c’est là qu’il composa la plupart de ses grandes œuvres instrumentales, du Premier Livre du « Clavier bien tempéré » et des « Sonates et partitas pour violon seul » ou des « Suites pour violoncelle seul » aux « Concertos brandebourgeois » entre autres. Les « Suites pour violoncelle seul », oubliées au XVIIIe siècle ne réapparurent qu’au cours du XIXe et furent reconnues au XXe non seulement comme un des sommets de la musique baroque mais aussi de la musique …tout court ! Ce que démontra à Avignon, dans l’auditorium de la Fondation Lambert qui accueillait là « Musique baroque en Avignon », la merveilleuse violoncelliste Emmanuelle Bertrand, Victoire de la Musique 2002, entre autres distinctions, nommée en 2022 en tant qu’artiste instrumentale de l’année. Elle jouait un violoncelle baroque somptueux, conçu par le célèbre luthier vénitien Carlo Tononi (né à Bologne), ce qui valut aux mélomanes avignonnais deux concert de rêve. Et d’abord,  les trois Suites impaires (N°3, 5 et 1). La troisième, en ut majeur, fut, comme la qualifia Emmanuelle Bertrand, « solaire »,  allègre de bout en bout y compris dans la chaude Sarabande centrale ; contraste avec la cinquième, en ut mineur, plus sombre où la Sarabande est ici d’une noirceur absolue. Quant à la première, en sol majeur, qui débute par un Prélude qui est une des pages les plus connues de l’œuvre  soliste de Bach et singulièrement de ces Suites pour violoncelle seul, elle est toute de joie et de bonheur. Bonheur partagé par le public enthousiaste et qui eut droit en bis à la Sarabande de la Deuxième Suite qu’on entendit à nouveau lors du second récital le demain.

Le second récital était consacré aux Suites paires et tout d’abord la quatrième  comparable à la troisième n’était sa tonalité, mi bémol majeur, qui lui donne un souffle particulier. Puis ce fut la deuxième qui est en ré mineur, tonalité funèbre (le Requiem de Mozart est en ré mineur tout comme la 3e Symphonie de Mahler) qui traduit bien l’esprit de ces danses introduites par un sombre Prélude. Feu d’artifice final avec la fameuse sixième Suite qui fut écrite pour un instrument doté de cinq cordes sans plus de précisions. La difficulté pour les violoncellistes d’aujourd’hui est d’adapter la partition à un instrument moderne à quatre cordes exigeant de leur part une très grande virtuosité, ce dont a témoigné avec panache et une dextérité sans faille Emmanuelle Bertrand dans cette Suite étincelante, sur son violoncelle baroque contemporain de la 6e  Suite de Bach. Public emballé et rappels enthousiastes ; en bis le Prélude de la première Suite, juste retour aux sources (29 et 30 janvier 2022).