Les CD de l’été 2020

Rencontre imaginaire Bach-Haendel

C’est une idée originale qui a présidé à la réalisation de ce CD, la rencontre imaginaire de deux génies de la musique baroque germanique, nés tous deux en 1685 à un mois et deux cents kilomètres d’intervalle et qui ne se sont jamais rencontrés ! Haendel et Bach. Le premier, il est vrai, fit carrière en Angleterre, le second de Cöthen à Leipzig ; difficile dans ces conditions de se rencontrer. Pourtant la violoniste Lina Tur Bonet et le claveciniste Dani Espasa ont imaginé cette rencontre en confrontant cinq œuvres de ces compositeurs, les trois Sonatas BWV 1017 à 1019 de Bach qui ont vu le jour entre 1723 et 1725 face à la Sonate HWV 359a de Haendel qui date de 1724 et à sa Sonate HWV 371 de 1749. La violoniste avec son splendide Amati des années 1740 met en valeur avec fougue les lignes mélodiques de ces œuvres s’appuyant sur le claveciniste qui touche un instrument franco-flamand à deux claviers qui sonne presque comme un pianoforte dans le grave. C’est envoûtant de délicatesse et de puissance mêlées.

Bach-Handel, An Imaginary Meeting,L. Tur Bonet, violon, D. Espasa, clav., 1 CD Aparte AP219

Dialodie. L’Italie au XXesiècle

On avait salué, en 2017, le Duo Controversia, la harpiste Aurélie Bouchard et le clarinettiste Serge Menozzi, pour un CD consacré à Gilbert Amy. Nous les retrouvons ici dans de la musique italienne du second XXesiècle, avec les héritiers de Luigi Dallapiccola : Berio, Bussotti, Donatoni et Maderna. Sous le titre « Dialodie », néologisme fondé sur les mots « dialoga » et « melodia », ce sont des dialogues qu’offrent au mélomane amateur de musique vivante les six musiciens ici réunis autour du Duo Controversia. En premières mondiales, « Dialoga » de Maderna pour saxophone sopranino et petite clarinette, « Duo Ballabili » (Pièces de danse) de Bussotti, pour harpe et clarinette, et « Sequenza III » de Berio dans la version pour voix d’homme (ici Nicholas Isherwood). De Bussotti, « Brutto, ignudo… » (Brut, nu…) sous-titré « un trait pour clarinette basso ». De Berio, « Sequenza II » sous le doigts experts d’aurélie Bouchard, suivie de « Chamber Music » sur trois poèmes de Joyce filés par la mezzo Amadea Lässig et enfin de Donatoni, « Marches » pour harpe et « Hot », hommage au jazz. À découvrir.

Dialodie, Duo Controversia & Guest, 1 CD Hortus 176

 Le Chansonnier de Louvain

C’est à Louvain qu’on retrouva en 2015 ce « chansonnier », recueil composé d’un « Ave Maria » et de quarante-neuf chansons françaises dont on parvint à identifier les compositeurs de vingt-six d’entre elles, des maîtres franco-flamands du XVesiècle. L’Ensemble Sollazzo fondé à Bâle en 2014 propose dans ce CD  quatorze de ces chansons, huit d’entre elles étant anonymes, six étant identifiées et attribuées à Johannes Ockeghem, Michelet, Gilles Binchois (ou Guillaume Du Fay) et Gilles Mureau. Composé de deux sopranos (Yuki Sato et Perrine Devillers), d’un ténor (Vivien Simon) et de quatre instrumentistes ( Johanna Bartz à la flûte traversière, Sophia et Anna Danilevskaia aux vielles et Christoph Sommer au luth), l’Ensemble Sollazzo fait merveille dans la résurrection  partielle de ce chansonnier caractéristique du style musical du bas Moyen-Âge, où l’on chante, en français de cette époque, l’amour courtois sous toutes ses formes avec un accompagnement discret, basse continue avant la lettre, de musiciens rompus à ce répertoire sous l’archet rigoureux de la vielliste Anna Danilevskaia. À écouter et réécouter pour s’imprégner du climat poétique de ce temps lointain.

Leuven Chansonnier, Sollazzo Ensemble, 1 CD Passacaille-Ambronay AMY054

 N’oubliez jamais !

C’est sur l’orgue Roethinger (1914) de l’église Saint-Martin d’Erstein (Bas-Rhin), et bien adapté au programme choisi par l’organiste et pédagogue (à Lens et à Douai) Sylvain Heili pour ce CD, des œuvres écrites à la veille ou durant la Grande Guerre par neuf compositeurs d’origines diverses, peu ou prou engagés dans le conflit. Deux sont germaniques, Gerard Bunk, auteur d’une vigoureuse  « Pièce héroïque » et Paul Gerhardt auteur d’une sobre « Trauerzug » (marche funèbre) à laquelle font écho l’« Elegy » mémorielle de l’Anglais Herbert Brewer ou la « Cantilène » de l’Alsacien Louis René Becker réfugié aux Etats-Unis comme le fut au Canada l’Anglais Healey Willan, auteur, lui, d’une imposante « Introduction, Passacaille et Fugue » célébrant les combattants au front. Quatre Français figurent dans ce programme, l’organiste bien oublié Charles Quef pour une délicate « Idylle » de 1914, Guy Ropartz pour une « Méditation » reflet du lourd climat de l’année 1917, René Vierne (frère de Louis) avec un vive « Toccata » et l’officier de marine Jacques Ibert pour une « Pièce solennelle ». Remarquable.

N’oubliez jamais !S. Heili, orgue,  – Les Musiciens et la Grande Guerre  XXXIII – 1 CD Hortus 733

 Musique pour marimba

Nul doute que « le rythme est le cœur » du percussionniste d’origine bulgare Georgi Varbanov – tel est le titre de ce premier CD de la Collection Solo de l’Orchestre national d’Île-de-France – comme en témoigne le beau programme qu’il a conçu pour l’un des instruments qu’il joue au sein de l’orchestre de la capitale du Nord, le marimba. Outre sa propre musique, il interprète là des œuvres de compositeurs d’origines diverses, comme le Japonais Takatsugu Muramatsu, l’Allemand Matthias Schmitt célèbre pour sa partition  « Ghanaia », le vibraphoniste américain Dave Samuels et son Footpath pour marimba solo ; ou le Néo-zélandais John Psathas pour ses deux « Études » soutenues par des musiques électroniques ou encore, plus surprenant, Jean-Sébastien Bach pour une habile et séduisante transcription de deux mouvements de la « 1èreSonate en sol mineur pour violon » de Bach par Varbanov lui-même ! Rappel de ses origines, deux Danses traditionnelles bulgare, référence au folklore de ce pays. Les remarquables prestations du musicien talentueux qu’est Georgi Varbanov sont entrelardées de textes de la comédienne Sonya Mellah finement distillés.

Rhythm is my heat, Music for marimba, G. Varbanov, marimba, 1 CD NoMadMusic NNM069

 La musique sacrée de Bernardi

Compositeur italien, né et mort à Vérone (1577-1637), Stefano Bernardi a fait carrière en Italie d’abord, à Rome et en sa ville natale où il fut maestro di musica de la célèbre Accademia Filarmonica, en Autriche ensuite de 1622 à 1634, à Salzbourg essentiellement à partir de 1628 où il composa la musique qui ponctua l’inauguration de la toute nouvelle cathédrale. C’est là qu’il écrivit la « Messe des défunts à six voix » que les choristes de l’ensemble Voces Suaves accompagnés du Concerto Scirocco interprètent ici, complétée de trois pages de musique religieuses également entrecroisées de trois autres de musique symphonique extraites de « Concerti academici » composés en 1615 et publiés à Venise en 1616. Nous avons là des musiques religieuses ou profanes d’une grande richesse notamment sur le plan de l’orchestration faisant appel, outre les chanteurs, à divers instruments, violons et orgue bien sûr, mais aussi cornets à bouquin, sacqueboutes, bassons, viole de gambe ou basse.

À la croisée de la Renaissance et du premier Baroque, c’est parfaitement mis en valeur dans ce CD.

Stefano Bernardi, Lux Æterna & Ein Salzburger Requiem, Voces Suaves et Concerto Scirocco, 1 CD Outhere Music A470.

 Serpent musical et orchestre

À lire la notice accompagnant ce CD, vous ne saurez rien du serpent, ce grave instrument à vent de la famille des cuivres, quoique fabriqué en bois, inventé à la fin du XVIesiècle en France, non plus que de son interprète remarquable, Patrick Wibart, ni du compositeur du concerto qu’il joue, « Adh-Dhohr », le Toulousain Benjamin Attahir dont l’œuvre ici exécutée est une commande de l’Orchestre de Lille qui fait merveille dans l’interprétation qu’il en donne sous la baguette rigoureuse d’Alexandre Bloch. Encadrant ce beau concerto qui est une intense méditation musicale où le serpent, comme le violoncelle, évoque la voix humaine, deux pages de Ravel, « La Valse » et « La Rapsodie espagnole », lumineuses toutes deux, et où, dans le plus pur style français qu’incarna le père du célèbre « Boléro » (qui témoignait de son attrait pour la musique espagnole), les différents pupitres sont exaltés sans pour autant se concurrencer. À trente-cinq ans, Alexandre Bloch est le digne héritier de Jean-Claude Casadesus.

Ravel, La Valse, Rapsodie espagnole, Attahir, Adh-Dhohr, concerto for serpent and orchestra,P. Wibart, serpent, Orch. Nat. de Lille, A. Bloch, dir., 1 CD Alpha-Classics, Alpha 562.

 Les visages de l’amour selon Orlinski

Après le CD, « Anima sacra » dédié à la musique sacrée du XVIIIesiècle (2018), voici un second opus visant, lui, à chanter diverses expressions de l’homme amoureux sous le titre « Facce d’amore » (Visages d’amour) ; images puisées dans le répertoire opératique du XVIIesiècle baroque italien. Comme précédemment, Jakub Orlinski s’est attaché à introduire parmi des œuvres bien connues de Cavalli ou Haendel, des pages enregistrées pour la première fois, comme l’air « Crudo Amor, non hai pieta »  (Cruel amour, tu est sans pitié) de l’opéra « Claudio Cesare » de Boretti ou celui de l’opéra « Scipione il giovane » de Predieri « Dorian quest’occhi piangere » (Mes yeux devraient pleurer…) ou encore, extrait du « Nerone » d’Orlandini et Mattheson, cet air « Che m’ami ti prega »(Je te prie de m’aimer) ou enfin le magnifique air tiré de l’« Orfeo » de Hasse, « Sempre a si vaghi rai (Mon âme sera toujours fidèle). L’Ensemble Il Pomo d’Oro, sous la houlette de Maxim Emelyanychev, l’entoure superbement.

Facce d’amore, J. J. Orlinski, contreténor, Il Pomo d’Oro, M. Emelyanychev, dir., 1 CD Erato 0190295

Beethoven et Schönberg par Les Pléiades

Le sextuor a cordes Les Pléiades est une émanation de l’orchestre Le Siècles fondé en 2003 par le chef François-Xavier Roth, qui a cette particularité de jouer sur des instruments correspondant à l’époque de composition des œuvres qu’il interprète Ce sextuor est formé de six jeunes femmes (deux violons, deux altos et deux violoncelles) qui propose dans ce CD deux pages emblématiques du moment où elles ont vu le jour. De Beethoven, une transcription contemporaine signée Michael Gotthard Fisher (1810) de sa 6eSymphonie « Pastorale » qui date de 1808, tableau en cinq mouvements   des sentiments qu’éprouve l’homme face à la nature ; les Pléiades offrent ici une lecture idiomatique de cette œuvre traduisant le romantisme de Beethoven avec puissance et délicatesse à la fois. Superbe lecture également du sextuor que Schönberg composa en 1899, « La Nuit transfigurée » (Verklärte Nacht), alors qu’il était amoureux de Mathilde Zemlinsky. Ce mouvement unique suit la démarche dramatique d’un poème de Richard Dehmel ici reproduit opportunément, qui évoque une mère et son enfant conçu hors mariage et pourtant transfiguré…Magnifique !

Les Pléiades, sextuor à cordes, Beethoven, Schönberg, Sextuor Les Pléiades, 1 CD NoMadMusic NMM 070

Elsa Dreisig : des lendemains qui chantent

Dans son premier CD « Miroirs » (2018), la jeune soprano lyrique franco-danoise Elsa Dreisig chantait à ravir quatre héroïnes opératiques. Elle nous revient avec un CD intimiste, se révélant ici dans un répertoire fait de mélodies ressortissant des répertoires français, russe et allemand ; trois compositeurs du premier XXesiècle sont ainsi mis en lumière, Henri Duparc, Serguei Rachmaninov et Richard Strauss. Du premier, six mélodies finement ciselées parmi lesquelles « L’invitation au voyage » ou « La Vie antérieure ». Du deuxième les six « Romances » de l’opus 38 (1916) composées alors que le maître du piano russe est au sommet de son art et que la cantatrice distille subtilement. Du troisième enfin, son ultime Lied, « Malven », qui date de 1948 tout comme ses fameux « Quatre derniers Lieder », son testament musical, mais aussi le célèbre « Morgen !» (Demain !), beau poème d’amour mis en musique en 1894, émouvantes pages d’un romantisme crépusculaire. Une première aussi, « Aux étoiles » une œuvre pour piano solo de Duparc révélée par le pianiste Jonathan Ware accompagnant en outre à la perfection la cantatrice. Victoire de la Musique 2020.

Morgen, Strauss, Rachmaninov, Duparc, E. Dreisig, soprano, J. Ware, piano, 1 CD Erato 019029.

Les doux sentiments du baroque italien

Nous sommes, avec ce CD, à l’origine de la musique baroque telle qu’elle a vu le jour en Italie à l’aube du XVIIesiècle. L’Ensemble Consonance que dirige avec maestria la basse  François Bazola propose un florilège de pages illustrant parfaitement le propos qui est d’aller de l’église au théâtre en passant par la chambre, les trois lieux où d’épanouit désormais la musique, ce que rappelle Monteverdi dans l’ouverture de son célèbre opéra « Orfeo » ici brillamment interprétée. Sont représentés en des pages emblématiques, outre Monteverdi (superbe motet « Ego dormio »), le Milanais Patta, les Rossi, Salomone et Luigi (qui ne sont pas parents) ou  le grand Carissimi et le prolifique Cazzati. Mais aussi, moins connus, Lodovico da Viadana ou Biagio Marini. Le plaisir serait complet si les deux sopranos qui se partagent largement ce programme disposaient d’une diction plus claire et si leur chant n’était pas parfois approximatif ; belle prestation en revanche de François Bazola, très émouvant dans la pièce de Cazzati qui dit la brièveté de la vie (« Sopra la brevità »).

Dolci Affetti, Ensemble Consonance, F. Bazola, dir., 1 CD Label-Hérisson LH18

Élégies

Les œuvres enregistrées ici sont précieuses car les pages pour orchestre composées durant la Grande Guerre sont rares. Elles témoignent de l’état d’esprit de musiciens mobilisés sur des fronts divers. Sombres, sont les élégies du Britannique Ernest Bristow Farrar, celle-ci dédiée aux soldats tués au front, lui-même abattu lors d’une attaque en 1918, et celle de l’Australien  Frederick Septimus Kelly qui l’écrivit à la mémoire de son ami le poète Brooke mort en Grèce ; lui mourut en 1916 dans la Somme. Très émouvant est le « Lament for string orchestra » du britannique Frank Bridge composé en mémoire d’une jeune fille qui disparut lors du torpillage du Lusitania en 1915. Quant au « Soir de bataille » qu’un des « poèmes barbares » de Leconte de Lisle inspira à Jacques de La Presle il reflète aussi avec force ce qu’il vit et vécut au front. Seules lueurs d’espoir, les trois pages intitulées « Âmes d’Enfants » que l’officier de marine Jean Cras composa pour ses trois filles. Excellente interprétation de l’orchestre de l’Opéra de Lyon finement dirigé par Pierre Dumoussaud.

Élégies, Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, P. Dumoussaud, dir., – Les Musiciens et la Grande Guerre XXXIV – 1 CD Hortus 734

Un jardin médiéval florentin

En résidence au centre culturel de rencontre d’Ambronay en l’abbaye duquel ce CD a été enregistré, l’Ensemble Sollazzo que dirige depuis sa vièle à archet Anna Danilevskaia est constitué de quatre instrumentistes et quatre solistes vocaux. Il propose ici un concert d’œuvres composées à Florence ou alentour à la fin du Moyen-Äge entre 1350 et 1400, à l’aube de la Renaissance dont la capitale de la Toscane fut le premier centre éminent. On découvre des musiques d’inspirations diverses mais qui ont joué un rôle très important dans le monde musical européen  qu’elles influencèrent. Les musiciens qui les ont écrites originaires de Florence ont des prénoms : Paolo, Donato, Giovanni, Andrea associés à leur ville, Firenze ; à leurs côtés, Bartolino da Padova (Padoue) ou Vincenzo da Rimini et aussi Francesco degli Organi (Francesco Landini) qui, en 1389, aurait, dit-on, fait taire en un jardin florentin les oiseaux subjugués par la beauté de sa musique. On chante là l’amour de la femme ou de l’homme aimés mais aussi celui de la Vierge ou de Dieu. Remarquable nonobstant une acoustique réverbérante à l’excès.

Firenze 1350 Un jardin médiéval florentin, Sollazzo Ensemble, dir. Anna Danilevskaia, 1 CD Ambronay Éditions AMY 055

Louis Couperin en tête à tête

C’est en 2007 qu’Alice Julien-Laferrière, violon et Mathilde Vialle, viole de gambe, ont donné vie au Duo Coloquintes. Elles se sont penchées sur l’œuvre de Louis Couperin (1626-1661), le premier membre d’une dynastie de musiciens fameux du XVIIesiècle français ; avec ses deux frères, Charles (qui fut le père de François Couperin « le Grand ») et François, ils se firent connaître d’abord comme violonistes durant le première moitié du siècle. Non content de jouer du violon et de la viole, Louis fut aussi un organiste – titulaire de l’orgue de Saint-Gervais à Paris – et un claveciniste talentueux. C’est cette œuvre que le Duo Coloquintes interprète ici dans des adaptations pour violon et viole de gambe de quatre de ses Suites. Œuvre  foisonnante à quoi répond celle du célèbre violiste Dubuisson dont on écoute avec plaisir cinq « Pièces de viole » (1666) puis trois autres d’un Anonyme contemporain et in fine la « Fantaisie »  de Nicolas Métru (vers 1610-1668) qui fut le maître de Lully.

Couperin en tête à tête, Duo Coloquintes, A. Julien-Laferrière, violon, M. Vialle, viole de gambe, 1 CD Seulétoile, SEC 01

Blancrocher, Offrande et Tombeaux

On sait peu de choses du luthiste Charles Fleury de Blancrocher (ca. 1605-1652) sin ce n’est qu’il mourut suite à une chute dans l’escalier de sa maison. D’où ces « Tombeaux » composés  par les luthistes François Dufaut (avant 1604-1672) et Denis Gaultier  (1603-1672), ou par les clavecinistes Johann Jakob Froberger (1616-1667) qui fut son ami, et Louis Couperin (ca. 1626-1661). On était à Paris au cœur du XVIIesiècle et le » tombeau » était un genre en vogue sous les doigts des luthistes ; il avait pour objet d’évoquer tel trait de caractère du défunt qu’il honorait ou un événement marquant de son existence Les quatre « Tmbeaux » qu’on entend ici en sont des illustrations caractéristiques. D’autres pages de Froberger, Gaultier ou Couperin annoncent ce que seront les Suites s’articulant en Prélude, Allemande, Courante, Sarabande et Gigue. Tout ceci est merveilleusement interprété sur deux clavecins d’inspiration italienne et française par Pierre Gallon (qui signe une notice richement documenté.  En cadeau final, au luth (par Diego Salamanca), « L’Offrande » qui composa Blancrocher lui-même !

Blancrocher, Froberger, Couperin, Dufaut, Gaultier, P. Gallon, clavecin, 1 CD L’Encelade ECL 1901.

Écrire le temps…

Heureuse idée que d’associer quatre Motets de Nicolas Lebègue (1632-1702) au Livre d’orgue  et aux hymnes de Nicolas de Grigny (1672-1703) dont les pages de la « Messe » ici enregistrée se mêlent au plain-chant de Guillaume-Gabriel Nivers (1632-1714) organiste et compositeur, titulaire partiel de la tribune de la Chapelle royale au temps de Louis XIV. C’est que Grigny fut à Paris, l’élève et l’ami de Lebègue – témoin lors de son mariage en 1695. Cette année-là le jeune Grigny regagna Reims sa ville natale où il tint l’orgue de la cathédrale. Il publia son Premier Livre d’orgue en 1799 et mourut trois ans plus tard à l’âge de trente-et-un ans. L’excellent organiste Nicolas Bucher a choisi de jouer l’orgue somptueux de l’Abbatiale Saint-Robert de La Chaise-Dieu (Haute-Loire), restauré en 1995, et qui lui permet de mettre en valeur la riche musique foisonnante de diversité de Grigny. Il a confié avec bonheur le plain-chant de Nivers à l’Ensemble Gilles Binchois, sous la houlette de Dominique Veillard. Quant aux beaux Motets de Lebègue, ils sont distillés avec une grande sensibilité par la soprano Marion Tassou et le ténor Vincent Lièvre-Picard. Deux CDs du premier rayon. 

Écrire le temps, Nicolas de Grigny, Nicolas Lebègue, N. Bucher, Ensemble Gilles Binchois, 2 CD Hortus 184

La « Messe noire » de Célimène Daudet

La pianiste franco-haïtienne à l’art de sortir des sentiers battus. Elle dispose pour cela d’un jeu puissant et d’une maîtrise du clavier remarquable associée à une finesse, une intériorité dignes d’éloges. Dans ce CD, elle met en miroir les œuvres ultimes de deux maîtres du piano, Liszt et Scriabine, qui explorent des univers sonores mystérieux conduisant l’auditeur  de la « Lugubre Gondole » de Liszt, page prémonitoire des funérailles vénitiennes de son gendre Richard Wagner, à « Vers la flamme » de Scriabine, fascinante, tout comme l’est sa 9eSonate sous-titrée opportunément « Messe noire » et qui donne son nom à cet album dont elle est le cœur. De Liszt on découvre ses « Nuages gris », ou cette page singulière qu’est « Schlaflos ! Frage und Antwort » (Sans sommeil ! Question et réponse) comme le sont « La Notte » (la Nuit) ou sa « Bagatelle sans tonalité » qui débouchent sur un monde nouveau à l’instar des « Poèmes » de Scriabine ou de ses « Cinq Préludes », dramatiques.

Messe noire, Liszt, Scriabine, C. Daudet, piano, 1 CD NoMadMusic NMM 076

Le son des arbres

On avait salué ici même le premier CD de la compositrice Camille Pépin, une des plus douée de sa génération, « Chamber Music », et voici que nous parvient le second sous le titre « The Sound of Trees » (Le Son des Arbres) évoquant, dans sa première partie, un poème de Robert Frost, faux double concerto pour clarinette (Julien Hervé) et violoncelle (Yan Levionnois) où ces deux instruments solistes se fondent dans la masse orchestrale de l’Orchestre de Picardie magistralement dirigé par Arie van Beek : une œuvre foisonnante en six parties qui font la part belle aux solistes remarquables de virtuosité et de sensibilité. Place ensuite à  Debussy dont Camille Pépin a orchestré avec maestria deux « Images », « Hommage à Rameau » et « Mouvement », respectant l’esprit même du compositeur dans une orchestration proche de « La Mer ». Splendide orchestration aussi de deux pages ultimes de l’immense compositrice Lili Boulanger (1893-1918), « D’un soir triste » sombre tableau contrastant avec « D’un matin de printemps » éblouissant.

The sound of Trees, Camille Pépin, Claude Debussy, Lili Boulanger, Orchestre de Picardie, dir. A. van Beek, J. Hervé, clarinette, Y. Levionnois, violoncelle. 1 CDNoMadMusic NMM 074.

Le violon rouge d’Amanda Favier

La jeune violoniste Amanda Favier (elle a tout juste quarante-et-un ans) a déjà derrière elle une carrière couronnée par de nombreuses distinctions et prix divers – elle fut « Révélation classique » et « Violon » de l’ADAMI en 2004. Le chef Adrien Perruchon, à peine plus jeune (il est né en 1983), s’est frotté à maints orchestres réputés avec talent. Ils se sont retrouvés tous deux pour ce beau CD d’une forte originalité consacré au « Concerto en ré majeur » de Stravinsky et au Concerto « Le Violon Rouge » du compositeur américain John Corigliano  qui lui fut inspiré par la musique qu’il écrivit pour le film « Le Violon Rouge ». Ce qui caractérise ces deux œuvres, formidablement interprétées et par la soliste et par l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, c’est l’interpénétration du violon « rouge » d’Amanda Favier, ici un Goffriller de 1723, au cœur de la formation orchestrale, dans deux partitions hautes en couleurs et remarquablement maîtrisées. De la belle ouvrage !

Igor Stravinsky, Concerto in D major – John Corigliano, The Red Violin Concerto, A. Favier, violon, Orch. Philh. de Liège, A. Perruchon, dir., 1 Cd NoMadMusic  NNM 073.

Funérailles

Ultime CD de la Série « Les Musiciens et la Grande Guerre », voici deux œuvres d’une grande intensité musicale et émotionnelle. D’abord « Funérailles », du violoniste Lucien Durosoir (1878-1955) devenu compositeur au terme de la guerre qu’il accomplit en totalité dans les tranchées, un hommage aux héros morts dans ce conflit, placé sous l’égide évocatrice de poèmes de Jean Moréas ; une Suite symphonique à l’orchestration très riche qu’on découvre ici fort bien exécutée par le Taurida International Symphony Orchestra de Saint-Pétersbourg que dirige magistralement Mikhail Golikov. Philippe Hersant reçut commande d’une œuvre pour commémorer l’armistice qui mettait fin à la Grande Guerre ; il composa un double concerto pour violon  (Hélène Collerette), violoncelle (Nadine Pierre) et orchestre qui est un hommage au violoniste Durosoir et au violoncelliste André Maréchal mobilisé lui aussi. Trois mouvements d’une grande puissance mêlant avec force les solistes remarquables à un Orchestre Philharmonique de Radio France sous la pression de l’excellent Pascal Rophé (enregistrement sur le vif le 16 novembre 2018).

Sous la pluie de Feu – Funérailles, H. Collerette, violon, N. Pierre, violoncelle, Orch. Philh. Radio-France, P. Rophé, dir. – Taurida Intern. Symph. Orch., M. Golikov, dir. – Les Musiciens et la Grande Guerre XXXVI – 1 CD Hortus 736.

Partir avec un idéal

Tout comme Lili Boulanger, Jean Cartan (1906-1932) fut emporté prématurément, lui, par la tuberculose à l’âge de 25 ans. Rares sont les mélomanes qui le connaissent et encore moins son œuvre, un « Pater » pour orchestre et chœur, de la musique de chambre pour petites formations et des mélodies ici rassemblées pour ténor et piano que mettent en valeur à la perfection  le jeune ténor Kaëlig Boché et le pianiste chevronné Thomas Tacquet. L’influence de Debussy est ici patente, tant ces mélodies s’inscrivent dans l’esprit de la musique française des débuts du XXesiècle. Élève de Paul Dukas qui le soutint tout comme Albert Roussel, il connut un beau succès avec sa superbe « Sonatine » transcrite pour le piano, trois mouvements d’une grande puissance doublée par instants de délicatesse ; cela vaut pour ses mélodies influencées parfois par l’orientalisme de l’époque (les « Cinq Poèmes de Tristan Klingsor » ou les « Trois Chants d’été » de 1927). Pour le piano encore, la « Sonatine en trois mouvements » et un « Hommage à Dante », pour clore sur un subtil « Psaume 22 » pour ténor et piano. À découvrir.

Jean Cartan, Partir avec un idéal, K. Boché, ténor, Rh. Tacquet, piano, 1 CD Hortus 183.

Improvisations

L’orgue de la cathédrale de Saint-Albans (Royaume-Uni) a été créé par la maison Harrison & Harrison en 1962 puis restauré et enrichi par cette même maison en 2009. Cette année-là, l’organiste français Jean-Baptiste Dupont, qui a tout juste quarante ans, remporta le concours international d’improvisation en cette cathédrale et il vient de célébrer cet événement par l’enregistrement de cet album qui exalte à l’envi ses talents d’improvisateur à l’orgue de Saint-Albans d’une grande richesse de registration que déploie à merveille Jean-Baptiste Dupont, d’abord en une forte belle « Suite improvisée » en sept partie très variées la dernière « Postlude » étant impressionnante de puissance, suivie de « Dix improvisations en style libre » elles aussi très diverses tant dans l’inspiration que dans les formes adoptées dès la première « Atmosfaere » (sic) que dans l’« Agitato » (n°2) où les délicates « Water drops » (gouttes d’eau) (n°4) ou les sombres « Dialogues » (n°12), les sautillants « Soubresauts (n°8). In fine, « Deux poèmes », « Incantations », le bien nommé, et « Embrasement » feu d’artifice final. Titulaire d Grand Orgue de la cathédrale de Bordeaux, Dupont fait ici merveille.

Improvisations, J.-B. Dupont, orgue, 1 CD Hortus 174

Quand Diana Damrau chante Richard Strauss

Voilà un CD enchanteur, si l’on ose écrire. Richard Strauss composa quelque deux cents Lieder dont une trentaine accompagnés par un orchestre. La merveilleuse soprano germanique Diana Damrau offre ici un florilège de vingt-quatre Lieder puisés dans le vaste répertoire que le compositeur du « Chevalier à la Rose » consacra à cette forme musicale raffinée sous sa plume. La voix de la soliste est en parfaite adéquation avec les pages qu’elle distille à ravir, jouissant d’un timbre limpide, d’une belle virtuosité dans l’aigu et d’une puissance remarquable, notamment dans le medium. Ce dont témoigne cet album où les « Quatre Derniers Lieder » (1948) et le sublime Morgen ! (1894) avec orchestre côtoient des pages plus intimes telles que les « Lieder d’Ophélie » (1906), ou quatre des huit Lieder de l’opus 10 (« Letzte Blätter », Dernière Feuilles) ou ceux qui exhalent les poèmes de Richard Dehmel ou de Felix Dahn. Orchestre de la Radio bavaroise sous la baguette exigeante du regretté Mariss Jansons, parfait tout comme Helmut Deutsch au piano.

R. Strauss, Vier letzte Lieder – Lieder, D. Damrau, soprano, M. Jansons dir. ; H. Deutsch, piano. 1 CD Erato 0190295303464.

Marie Oppert enchanteresse

Elle a vingt-trois ans et une déjà longue carrière derrière elle comme chanteuse d’abord, actrice ensuite ; talentueuse, Marie Oppert apparaît dans ce CD comme un clone parfait, parfois jusqu’à la caricature, des interprètes de comédies musicales qui fleurissent dans les théâtres de la 42eRue à Manhattan (New York). Nous avons là un florilège de ces comédies musicales mises en musique par des compositeurs qui maîtrisent à ravir ce répertoire : de Rodgers (Cinderella, l’air « Impossible » en duo avec Natalie Dessay) à Stiles (Mary Poppins en duo avec Melissa Enrico), de Sondheim (« Into the Woods » en français en partie) à Gershwin (« Crazy Girl ») ou Elton John (« Billy Eliot ») entre autres. Les compositeurs français ne sont pas oubliés tel Charles Trenet (« Y’a d’la Joie ») ou Michel Legrand (Les Parapluies de Cherbourg) ou enfin Joseph Kosma (« Les enfants qui s’aiment » tiré du film « Les Portes de la nuit »). L’Orchestre National de Lille sous la baguette de Nicholas Skilbeck est un soutien impeccable et sonne somptueusement.

Enchantée, M. Oppert, soprano et alii, Orch. Nat. de Lille, N. Skilbeck, dir., 1 CD Warner Classics

Quand le Quatuor Hanson enchante Haydn

Dans ce premier album, l’excellent Quatuor Hanson (créé en 2013 à Paris et qui porte le nom de son premier violon) offre aux mélomanes un florilège de quatuors puisées parmi les quatre-vingt-trois que composa Joseph Haydn que l’on considère comme l’un des pères de cette forme musicale, avec Boccherini,. Sur sa tombe est gravée cette épitaphe empruntée au poète latin Horace (Ode XXIV, Livre III, vers 6) « Non omnis moriar », « Je ne mourrai pas tout entier », soit en anglais archaïque : « All Shall Not Die », titre retenu curieusement pour cet album. En six quatuors judicieusement choisis, le Quatuor Hanson déroule un panorama significatif de l’œuvre de Haydn, du baroque (opus 20 n°5) au pré-romantisme (Opus 77 n°2) en passant par toutes les phases du classicisme depuis l’opus 33 n°5 dit « Comment allez-vous ? », l’opus 50 n°6 dit « La Grenouille » (qui coasse au Finale) et l’opus 54 n°2,  jusqu’au célèbre Quatuor opus 76 n°2 dit « Les Quintes », tout cela admirablement mis en place, avec vigueur, justesse et sensibilité. À suivre…

All Shall Not Die,Haydn String Quartets, Quatuor Hanson, 2 CDs Aparté, AP213

Beethoven par Mario Fossi

Nous avions salué ici-même pour ses éminentes qualités musicales les deux premiers CD du pianiste italien Mario Fossi consacrés l’un à Schubert (2018), l’autre à Chopin (2019). Il nous revient avec un album dédié à trois Sonates de Beethoven à l’occasion du 250eanniversaire de sa naissance (1770). Il a choisi d’interpréter trois pages puisées parmi les trente-deux sonates que composa Beethoven ponctuant ainsi les trois périodes que distinguent les musicologues dans le répertoire du maître de Bonn. Et d’abord l’une de ses toutes premières Sonates, n°4 opus 7, qui est aussi la plus longue de toutes ses sonates, en quatre mouvements ce qui, alors, était une nouveauté (1797), d’une forte inventivité. Puis la 17eSonate, opus 31 n°2 (1802) contemporaine du testament d’Heiligenstadt, cruciale, et que Beethoven sous-titra « La Tempête », mystérieuse référence à Shakespeare (superbe Allegretto final). Et enfin l’une des trois derniers Sonates, la 31eopus 110 (1820), impressionnante. Mario Fossi exalte avec distinction la musique ainsi distillée, avec une force contenue et une sensibilité d’une grande finesse sans excès mais avec un tact qui est sa marque incontestable.

Beethoven, Trois Sonates pour piano, M. Fossi, piano, 1 CD Hortus 190

Un Brahms crépusculaire

Ce fut au soir de sa vie que Brahms composa trois de ses quatre derniers opus (116, 117, et 118) pour piano seul, en 1892-93, il allait avoir soixante ans ! L’opus 118 est dédié à Clara Schumann qui fut l’amour (platonique) de sa vie. Successeur de Beethoven et de Schubert, il se révèle ici comme un intimiste quelque peu pessimiste ou en tout cas revenu…de tout, nonobstant quelques éclairs tziganes qui font son charme. Maître du contrepoint, il mêle dans diverses pièces (Capriccio, Intermezzi, Ballade, Romance) romantisme et classicisme en des synthèses musicales impressionnantes. Il a trouvé en Hortense Cartier-Bresson, talentueuse pianiste, soliste et chambriste réputée, une interprète idéale. Pédagogue reconnue, professeur au Conservatoire de Paris, elle sait restituer avec un rare bonheur, les sentiments qu’exprime avec une immense réserve, le compositeur qui offre dans ces trois opus comme une sorte de testament qui ne dit pas son nom. Le piano d’Hortense Cartier-Bresson sonne avec majesté et délicatesse, ciselant chacune de ces pages qui se succèdent dans un grand apaisement. Sommets atteints avec les trois Intermezzi de l’opus 117. Incontournable.

Brahms, Fantasien op.116, Intermezzi op.117, Klavierstücke Op. 118, H. Cartier-Bresson , piano, 1 CD Aparté AR222.

L’Amour, la Mort, la Mer selon Petibon

Patricia Petibon le saurait laisser indifférents les mélomanes sensibles aux fortes personnalités musicales On avait salué en leur temps deux précédents CD, « French Touch » en 2003 puis « La Belle Excentrique » en 2014 (fruit d’un spectacle applaudi du reste à Avignon). La voici qui nous revient avec cette même originalité dans la composition de son programme. C’est  un florilège auxquels elle convie son auditeur, une vingtaine de mélodies d’une remarquable diversité, du méconnu Jean Cras auquel répond le breton Yann Tiersen, de Gabriel Fauré à Nicolas Bacri, d’Érik Satie et Reynaldo Hahn à Francis Poulenc et  Thierry Escaich, de Heitor Villa-Lobos et Francisco Mignonne à Ariel Ramirez, Joaquim Rodrigo  et Enrique Granados sans oublier les Anglo-Saxons , de Samuel Barber ou John Lennon à Robert Baksa qu’on découvrira à cette occasion ainsi que deux chansons traditionnelles « Woman of Ireland » et « Danny Boy » ; un fascinant voyage où l’Amour, la Mort et la mer se font écho.

L’Amour, la Mort, la Mer, P. Petibon soprano, S. Manoff, piano, 1 CD Sony Classics 19439719552