Les Musiciens et la Grande Guerre (3)

Musiciens et Grande Guerre (3)

 

Cinq compositeurs au programme de ce beau CD. Deux d’entre eux sont bien célèbres, la grande pédagogue Nadia Boulanger dont on découvre une pièce écrite en 1915 au cœur de la guerre, qui donne son titre à ce CD « Vers une vie nouvelle » pleine d’espoir, ouverte vers un avenir incertain, et Georges Enesco dont on entendra deux des « Pièces impromptues », composées en 1916, « Choral » et « Carillon nocturne », sévères et sombres, au moment où sa Roumanie natale entre dans le premier conflit mondial aux côtés des Alliés. La compositrice Cécile Chaminade est trop méconnue ; « Au pays dévasté », de 1919, donnera envie d’en savoir plus, elle qui s’inscrivit hors de toute école, témoignant là d’une solide écriture. Le compositeur britannique William Baines composa quelque cent cinquante œuvres au cours des quatre dernières années de sa courte existence (23 ans !) ; « Paradise Gardens » écrite en 1918-19 est d’une grande délicatesse et laisse aspirer à une vie meilleure alors qu’il avait quitté le front atteint par une septicémie. De Jean Cras, compositeur et officier de marine français, on découvrira quatre « Danze » qu’il écrivit à Tarente à bord du torpilleur qu’il commandait, d’une belle diversité et finement ciselées. Anne de Fornel sur un Pleyel de 1892 rend pleinement justice à ces œuvres.

CD XVII, Vers la vie nouvelle, Anne de Fornel, piano, 1 CD Hortus 717.

 

Trois œuvres d’une grande puissance émotionnelle ponctuent ce CD, intitulé « Ombres et Lumières ». On ne connaît pas en France le compositeur allemand Rudi Stephan fauché sur le front de l’Est à l’âge de vingt-huit ans ; « Musique pour sept instruments à cordes » date de 1911, c’est celle d’un héritier du romantisme germanique, marqué au coin d’une déjà forte personnalité. Louis Vierne fut hanté sa vie durant par la mort de son fils tué à l’âge de 17 ans ; son beau « Quintette pour piano et cordes » de 1918 lui est dédié : la douleur, le désespoir, la révolte traversent les trois mouvements de cette œuvre pathétique. Lucien Durosoir eut la chance de revenir et composa alors à tour de bras comme pour exorciser le drame qu’il avait traversé ; ici son magnifique « Poème pour violon, alto et piano » écrit en 1920 sonne comme une résurrection. L’ensemble Calliopée que dirige finement de son alto Karine Lethiec interprète ces pages émouvantes avec talent et conviction.

CD XVIII, Ombres et lumières, Ensemble Calliopée, 1 CD Hortus 718.

 

La France ignore superbement le pianiste belge Steven Vanhauwaert qui fait à bord de son Steinway une belle carrière aux États-Unis et un peu partout en Europe. Il porteungrand intérêt au répertoire méconnu auquel il rend pleinement justice lorsqu’il s’en saisit. C’est le cas avec ce CD « Dispersion » où l’on croise des musiciens marqués profondément par la Grande Guerre. Le Tchèque Schulhoff composa ses « Fünf Grotesken » (Cinq Grotesques) au front, en Italie, pages qui annoncent les recherches de l’école de Vienne. Le cycle In einer Nacht de Paul Hindemith oscille entre impressionnisme et expressionnisme,comme le laisse deviner le sous-titre de cette œuvre : « Rêveries et expériences ». L’Italien Alfredo Casella témoigne dans son triptyque « Inezie » de ses recherches esthétiques ouvrant des voies nouvelles à la musique italienne. Du compositeur belge Raymond Moulaert on appréciera la Sonatine où les influences d’un Saint-Saëns ou d’un Fauré sont perceptibles. « Le Glas » de Louis Vierne laisse entendre le désespoir d’un homme à qui la mort a fauché deux fils et un frère… Ce CD mérite la plus grande attention.

CD XIX, Dispersion, Steven Vanhauwaert, piano, 1 CD Hortus 719.

 

Sous le titre quelque peu accrocheur de « Violon Bidon ! » Claude Ribouillault et sa bande (instrumentistes et chanteurs) proposent un florilège de chansons composées parfois sur des musiques existantes (« Malbrough s’en va en guerre », « Viens Poupoule ») ou le plus souvent originales qui évoquent avec émotion plusieurs moments de la Grande Guerre, de ses débuts au Front d’Orient en passant par la « seconde ligne » du front où l’on pouvait avec les moyens du bord confectionner des instruments de musique et les camps de prisonniers, chansons françaises, aux côtés d’un « song » britannique (« Tipperary ») ou face à un Lied germanique (« Hartmannweiler Kopfe »), Instrumental français, anglais ou allemand, chants solistes ou choraux, diversité des instruments mobilisés (violon, accordéons, cornemuses landaise ou croate !, concertinas, flûtes, percussions), le tout remarquablement enregistré dans la salle capitulaire de l’écomusée de la Haute-Auvergne de Saint-Flour. Superbe témoignage fondé sur des œuvres longtemps méconnues et ici fort bien restituées. Un des CD les plus marquants de cette série.

CD XX, Violon Bidon !, Cl. Ribouillault et son Orchestre, Chanson et instruments de tranchées, 1 CD Hortus 720.

 

 

Top