Saison 2018-2019 (1ère Partie)

Deux chefs d’œuvre du romantisme européen

Beau début de saison pour l’Orchestre de Région Avignon Provence avec deux chefs d’œuvre pétris de romantisme. Et d’abord le 2eConcerto pour piano de Brahms, une page de la maturité qui connut dès sa création un immense succès (1881); quatre mouvements admirablement articulés, un « Allegro » où, d’entrée de jeu, dialoguent somptueusement le piano et le cor (Éric Sombret) et tout l’orchestre, suivi d’un « Scherzo, Allegro appassionato » aux deux thèmes contrastés, puis un « Andante » où s’affrontent deux solistes en une joute chaleureuse, le piano et le violoncelle solo et un brillant « Allegro grazioso », dans le style tzigane – qualifié alors de « hongrois » – qu’affectionnait Brahms. La soliste pour cette œuvre fut la jeune et talentueuse Suzana Bartal (âgée tout juste de 32 ans), originaire de Timisoara en Roumanie, qu’on avait découverte en janvier 2015 à Avignon, dans le Concerto pour piano et orchestre de Grieg joué avec panache, remplaçant au pied levé Marie-Josèphe Jude souffrante qui aurait dû interpréter ce 2econcerto de Brahms ! On la retrouva avec plaisir et elle témoigna là d’une belle autorité en dépit de quelques aigus métalliques (mais cela tenait au piano). Mention d’excellence pour Nicolas Paul au violoncelle qui tint admirablement sa place avec une sobre sonorité non dénuée d’affect. Second chef d’œuvre, la « 9eSymphonie  en mi mineur » de Dvorák (1893), composée à New York où il dirigeait le Conservatoire, dite « du Nouveau Monde » car influencée par les musiques américaines, si l’on en croit le compositeur, mais ponctuée aussi de références à sa Bohème natale ; c’est la plus connue de ses symphonies, formée de quatre mouvements allégrement enlevés, un bel « Adagio-Allegro molto » introductif où l’orchestre rutila, puis un « Largo » tout de nostalgie évoquée par le cor anglais qui chanta sous les lèvres inspirées de Jérôme Pérès, un émouvant dialogue à nouveau, suivi d’un brillant « Scherzo » et d’un « Allegro con Fuoco », enflammé en effet. Tous les pupitres de l’orchestre étincelèrent au cours de ce concert d’ouverture d’une saison qui promet, ce soir-là sous la baguette frémissante de Samuel Jean (5 octobre).

 

De la Renaissance à nos jours : The King’s Singers

« The King’s Singers » (littéralement les Chanteurs du Roi) ont vu le jour en 1968. Le nom de cet ensemble évoque le King’s College de Cambridge dont les six premiers membres de cette formation étaient issus. Ce chœur « a cappella » (qui chante donc sans accompagnement) fit ses débuts en 1970 et a acquis depuis une réputation universelle. Il comprend deux contre-ténors, un ténor, deux barytons et une basse et dispose d’un répertoire très large allant de la Renaissance à l’époque contemporaine : nombre de compositeurs de notre temps – tel Bob Chilcott qui chanta dans avec eux naguère et dont on entendit deux pièces – ont en effet composé pour cet ensemble prestigieux. Traversant les siècles, ces magnifiques chanteurs que « Musique baroque en Avignon » avait reçus il y a cinq ans en la chapelle de l’Oratoire d’Avignon, évoquèrent sous le titre « Gold » (noces d’or) des thèmes aussi divers que « La Famille » avec « La Prière d’Henry VI » d’Henri George Ley ou « We are », une mélodie composée par Bob Chilcott pour célébrer le 50eanniversaire de cet ensemble, « La joie de la Renaissance » illustrée  par deux chansons composées au XVIesiècle l’une de Juan Vásquez l’autre de Roland de Lassus, « Le Voyageur » avec une belle mélodie de Camille Saint-Saëns lui-même grand voyageur séduit notamment par l’Afrique du nord (l’Égypte ou l’Algérie), mais évoquant ici des marins bretons, ceux de Kermor, « Les beautés de l’époque romantique » finissante avec deux Lieder de Reger et de Brahms, « La lettre d’amour », une musique de Bob Chilcott à nouveau sur un poème du XVIesiècle William Baldwin, et enfin « L’intercesseur » au travers des « Quatre petites prières de Saint-François d’Assise » de Francis Poulenc le tout  finement distillé tout comme les trois chansons chantées en bis, dont l’indémodable « Plaisir d’amour » de Martini. Ce fut trop bref (une heure) mais ces six merveilleux chanteurs pleins d’humour britannique dans leurs présentations des œuvres qu’ils interprétèrent firent la joie du public conquis par l’extrême qualité et rigueur de leur chant dans sa diversité (8 octobre).

 

Pétrarque, son « Canzoniere » et le nouveau style baroque

Ce fut au XVIesiècle dans le cadre du madrigal polyphonique qui atteignit alors son apogée que nombre de compositeurs italiens mirent en musique des poèmes puisés dans le « Canzoniere » de Pétrarque. Moins présent au  siècle suivant, on retrouve néanmoins le poète qui « chanta » son amour pour Laure de Noves dans le « stile nuovo », monodique, dont la musique exaltait le texte des poèmes qu’elle louait. La soprano argentine Maria-Cristina Kiehr accompagnée par la gambiste Sylvie Moquet et le claveciniste Jean-Marc Aymes fit vibrer son auditoire en interprétant, au sein de l’Amphithéâtre Mozart du Conservatoire du Grand Avignon, des pièces de compositeurs ayant emprunté au « Canzoniere » des pages enflammées, du flamand Filippo de Monte, au palermitain Sigismondo d’India, des florentins Jacopo Peri ou Marco Gagliano, au bolognais Alfonso Ferrabosco, de Claudio Monteverdi (mantouan puis vénitien !), au vénitien d’origine germanique Girolamo Kapsberger. C’est assez dire l’universalité de Pétrarque, cet humaniste florentin, qui fut aussi le plus grand poète italien de la Renaissance italienne aux côtés de Dante et de Boccace. Quant aux compositeurs qui puisèrent dans son œuvre, ils annonçaient dans ces madrigaux tout d’émotion contenue souvent, mais fort expressifs, ce que serait le genre nouveau qui se faisait jour alors : l’opéra. Au total ici pas moins de douze madrigaux dont Jean-Marc Aymes avait bien voulu communiquer les textes des poèmes en langue originale et en traduction française, complétant ainsi judicieusement le programme de salle. Ajoutons  que ces pages étaient entrecoupées de délicates pièces du claveciniste Giovanni Maria Trabaci, célèbre en son temps, mais méconnu aujourd’hui (en France du moins) remarquablement jouées au clavecin et à l’orgue par Jean-Marc Aymes ; Sylvie Moquet interpréta, pour sa part, avec ferveur, une pièce pour viole de gambe qu’un poème de Pétrarque inspira au compositeur bolognais  Alfonso Ferrabosco. Récital chaleureusement applaudi par un public venu nombreux écouter ces musiques rares (21 octobre).

À l’Opéra Confluence, « Les Noces de Figaro »

Créé à Vienne en 1786, l’opéra-bouffe de Mozart « Le Nozze di Figaro » est le premier de ce qui devint une trilogie fameuse dont le librettiste fut l’italien Lorenzo Da Ponte avec « Don Giovanni » (1787) et « Cosi fan tutte » (1790). S’inspirant du « Mariage de Figaro » de Beaumarchais, le librettiste s’est débarrassé de toute allusion politique et fut approuvé par l’Empereur Joseph II ; l’œuvre fut chaleureusement accueillie à sa création. L’histoire est connue qui met en scène le Comte Almaviva qui trompe gaillardement son épouse la Comtesse, Rosine du « Barbier de Séville », en poursuivant de ses assiduités Suzanna la fiancée de son valet Figaro et Barberina la fille de son jardinier ; il est concurrencé par le page Cherubino qui lui est amoureux de toutes les femmes y compris sa marraine la Comtesse. C’est là le sujet de cet opéra qui nécessite des chanteurs de grand talent, rompus au répertoire mozartien, exigeant sous des allures faussement légères. Pour l’ouverture de la saison lyrique 2018-2019, l’Opéra Confluence du Grand Avignon proposait une nouvelle production, co-réalisée avec l’Opéra de Rouen Normandie, de cette œuvre emblématique. On était appelé à découvrir de jeunes interprètes dans une mise en scène et des décors du réalisateur helvétique Stephan Grögler. Le bilan de cette production est mitigé les propos exprimés par le metteur en scène dans sa note d’intention n’étant pas totalement aboutis tant s’en fallait : au cours d’un premier acte bric-à-brac évoquant un déménagement, on faisait connaissance des protagonistes distribution composite réunissant la pétulante soprano Norma Lahoun parfaitement dans son rôle tant du point de vue vocal que dramatique, ce qui était presque le cas du baryton-basse Yoann Dubruque, bon comédien, voix un peu frêle encore mais pleine de promesses : même opinion concernant l’immense Conte Almaviva du baryton David Lagares qui fit preuve d’une belle autorité. Puis l’on vit plus qu’on entendit la mezzo-soprano Jeanne-Marie Lévy dans le rôle de Marcellina, bien connue à Avignon, qui demeure l’excellente comédienne pleine d’ardeur qu’elle sait être mais dont la voix est bien fatiguée ; à ses côtés la composition de la basse Yuri Kissin en Bartolo (jouant également le jardinier Antonio), lui très en voix, était et très amusante. Que dire du Cherubino de la soprano Albane Carrère qui semblait avoir perdu sa voix même si son jeu était plaisant ? On fut là très déçu dès son air « Non so più » que ne put rattraper cet autre air fameux « Voi che sapete » au  IIe     acte. C’est au début de ce même IIeacte que l’on découvre la Contessa Almaviva dans son bel air « Porgi amor » qu’eut dû distiller la soprano Maria Miró ; las ! Elle fut tonitruante dans cet air comme dans les autres qu’elle devait chanter tout en nuances : était-ce dû à une sonorisation mal maîtrisée ? Dommage. Mentionnons l’éphémère Barberina de la soprano Sara Gouzy correctement incarnée mais vêtue d’une robe épouvantable. Au niveau de la scénographie, le IIeActe, très élégant et plein de charme, fut le plus réussi. On saluera les lumières de Gaëtan Seurre qui mettait en valeur cette réalisation inégale. La direction musicale de Carlos Aragon était imparfaite, décalée souvent par rapport aux chanteurs qu’elle suivait parfois avec retard. En revanche, le chœur de l’Opéra Grand Avignon (Aurore Marchand) était bien en place (23 octobre).

 

Avignon : l’ORAP a joué Beethoven, génie universel

Somptueux programme consacré à Beethoven en cet automne avec trois œuvres qui disent à elles seules le génie universel du compositeur germanique. D’abord l’ouverture « Coriolan » (1806) qui illustre un drame adapté de Plutarque, s’articulant en deux thèmes contrastés, l’un vigoureux, l’autre apaisé, admirablement articulés. Puis l’on entendit sous les doigts de l’immense pianiste argentin Bruno-Leonardo Gelber, grand connaisseur et interprète de Beethoven, le « 3eConcerto pour piano et orchestre » qui date de 1802 et comprend classiquement trois mouvements, le premier de forme sonate, impétueux débutant par une ample introduction orchestrale avant que ne surgisse le piano sous les doigts du soliste qui faisaient oublier par un jeu étincelant son lourd handicap hérité d’une poliomyélite contractée à l’âge de sept ans (âgé aujourd’hui de 77 ans, il faut toujours l’accompagner et le soutenir jusqu’au piano); le deuxième est un lied, délicat que Bruno Leonardo Gelber aborda avec une grande lenteur comme s’il découvrait – et le public, subjugué, avec lui – chaque note, chaque mesure de cette page comme en un temps suspendu ; quant au troisième un rondo, il fut enlevé avec une maestria toute d’allégresse et de virtuosité, le tout d’un profond romantisme, le distinguant de la « 8eSymphonie en fa majeur » composée dix ans plus tard (1812). Beethoven lui-même qualifia cette dernière de « petite symphonie » qui ne connut pas le même succès à sa création que la précédente ; elle s’articule en quatre mouvements très classiques formellement ; réputée pour  sa légèreté (pas de mouvement lent) elle est toutefois pétrie d’un joyeux romantisme, nonobstant le menuet du troisième mouvement qui évoque – référence explicite – les maîtres de Beethoven qu’avaient été Haydn ou Mozart tout en annonçant Schubert ou Mendelssohn ! Œuvre de transition donc que l’orchestre interpréta avec fougue et entrain. Public ravi  ce qui lui valut en bis une belle interprétation de l’ouverture des « Créatures de Prométhée », cet unique ballet composé par Beethoven en 1800-1801, une ouverture et trois actes,  créé avec un grand succès à Vienne en 1801 et dont seule l’ouverture est encore jouée aujourd’hui, le livret étant perdu. Pour la petite histoire, on notera que c’est la seule œuvre de Beethoven où l’on entend une harpe au n° 5 du ballet… (16 novembre).

 

Opéra Confluence : L’Opéra de Quat’Sous

« Die Dreigroschenoper » (« L’Opéra de trois Groschen », titre original) est une comédie musicale allemande sur un livret de Berthold Brecht et des musiques de Kurt Weill qui   emprunta là de nombreux genres musicaux allant du choral luthérien à la chanson de cabaret en passant par le musique d’opéra ou le jazz, mêlant paroles, chant et déclamation. Quant à Brecht, il s’inspira de la pièce « The Beggar’s Opera » (L’Opéra des Gueux) que le britannique John Gay écrivit au XVIIIesiècle (1728). Le sujet de cet opéra singulier est toujours d’actualité : il met aux prises deux gangs dont les chefs Jonathan Jeremiah Peachum, roi des mendiants, et Macheath, « Mackie-le-Surineur », criminel endurci, se disputent le pouvoir à Soho célèbre quartier de Londres. Cette co-production (La Clef des Chants, Hauts-de-France Pas-de-Calais et Théâtre de la Croix Rousse à Lyon) fut donnée dans la version française de René Fix d’une grande fidélité, une mise en scène de Jean Lacornerie, dynamique et enlevée, sans temps morts, s’inscrivant dans une scénographie à transformations originale de Lisa Navarro sous la direction musicale de Jean-Robert Lay, ses musiciens, sur scène, participant à l’action. Très belles marionnettes, expressives, d’Émilie Valantin. Des chanteuses (Pauline Gardel, Nowenn Korbel, Amélie Munier, Florence Pelly) et chanteurs (Gilles Bugeaud, Vincent Heden, Jacques Verzier et Jean Sclavis) que l’on découvrit avec plaisir, interprètes engagés, plein d’allant, excellents comédiens au demeurant, dotés femmes et hommes, d’une diction adéquate : du beau travail. Ce fut aussi l’occasion d’entendre en ouverture, mais chantée par une femme, la fameuse « Complainte de Mackie » popularisée naguère par Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Un bémol toutefois : le surtitrage fort utile était illisible pour la moitié supérieure de la salle : trop pâle et trop petit ; dommage (25 novembre).

 

Musique baroque en Avignon : Concert de Noël

C’est sous la direction de Sébastien Mayo que les Solistes d’Avignon, émanation de l’Orchestre de région Avignon-Provence (Cordelia Palm et Sophie Saint-Blancat violons, Fabrice Durand, alto, Emmanuel Lécureuil, violoncelle, rejoints ce soir-là par la délicate harpiste Aliénor Girard-Guigas) soutenant le Chœur Homilius, composé d’amateurs, bien connu dans le Vaucluse où il se produit périodiquement, abordant spécialement le répertoire a capella, qu’on a savouré des musiques de l’âge baroque d’une part et du monde contemporain d’autre part. À tout seigneur tout honneur, d’abord quatre extraits de la « Passion selon Saint Jean » d’Homilius, celui-là même qui a donné son nom au chœur, suivis d’un air tiré d’une cantate de Bach et surtout son célèbre motet « Jesu mein Freude » (Jésus, ma joie). Et, point d’orgue peut-être de ce concert,  un superbe concert spirituel de Buxtehude, « Der Herr ist mit mir » (Le Seigneur est avec moi) débordant de vie. Auparavant, on avait découvert un « Ave Maria » de Gletle compositeur germanique inconnu en France tout comme l’est le compositeur norvégien contemporain Ola Gjeilo dont on entendit  deux très belles pages résolument tonales, « Ubi caritas et amor » (Où règne charité et amour) et « The Ground » puisé en sa « Sunrise Mass » (Messe du soleil levant). Public emballé et ravi qui applaudit à tout rompre dans un amphithéâtre Mozart du Conservatoire du Grand Avignon, plein à craquer. D’où deux bis puisés dans les œuvres précédemment interprétées. Un seul regret : un certain déséquilibre entre les instrumentistes et le chœur, celui-ci, imposant, doté de soprani et alti fortissimi, couvrant par trop souvent les cordes ; dommage certes mais n’obérant pas le plaisir qu’on prit à entendre ce beau concert au programme original (16 décembre).

 

Fin d’année gréco-latine à l’Opéra Confluence

Ce fut la critique indignée de Jules Janin fustigeant l’irrespect des auteurs de l’opérette « Orphée aux Enfers », le compositeur Jacques Offenbach et le librettiste Hector Crémieux, à l’égard de la mythologie gréco-latine – plus latine en fait que grecque, en réalité une satire du gouvernement de Napoléon III (qui s’en amusa) – qui fit le triomphe public de cette pièce à grand spectacle (décors de Gustave Doré) créée en 1858. C’était la version originale en deux actes et quatre tableaux que Nadine Duffaut présentait, entourée comme d’habitude de Katia Duflot pour les costumes, de Philippe Grosperrin pour les lumières et d’Éric Belaud pour la chorégraphie. Cette satire de la mythologie grecque est à l’origine de l’opéra-bouffe à la française dont Offenbach, compositeur germanique, devenu « le roi du Second Empire » (ce fut son surnom !), fut le père glorieux. Les mises en scène de Nadine Duffaut ne laissent jamais indifférent, que certains conspuent alors que d’autres les applaudissent à tout rompre. Cette réalisation originale n’échappa pas à la règle. Force est de reconnaître que le premier acte fut quelque peu languissant, nonobstant les décors à transformations d’Éric Chevalier fort bien venus où se déployaient des personnages muets et caricaturaux, très amusants, entourant les protagonistes ; on n’apprécia guère les costumes de « teddy boys » dont étaient vêtus les compagnons de débauche d’Artistée/Pluton, chanté, lui, par Florian Laconi qui, comme à l’accoutumée, démarra avec un vibrato excessif et tonitruant qu’il sut heureusement maîtriser pas la suite, au IIeacte notamment, le bon comédien qu’il est sauvant son rôle par une subtile interprétation. Il faut, pour l’opérette plus encore que dans l’opéra, des interprètes qui soient bons chanteurs certes mais aussi comédiens accomplis à la diction parfaite; ce ne fut pas le cas avec Julie Fuchs en Eurydice ou  Sarah Laulan exprimant L’Opinion publique toutes deux incompréhensibles, tandis qu’Amélie Robins était un bon Cupidon et Caroline Mutel une Vénus correcte ; Marie-Jeanne Lévy grande spécialiste de l’opérette incarnait Junon face à un Jupiter talentueux campé par un fameux routier du genre Francis Dudziak (bien connus tous deux à Avignon) qui ont donné du punch à un second acte très enlevé. Samy Camps campa un Orphée pitoyable qu’on pourra oublier. Dominique Trottein, admirable connaisseur de ce répertoire qu’il sait enlever avec maestria, était évidemment à la baguette et lança l’orchestre et toute la troupe dans un « French Cancan » final endiablé, incitant le public à applaudir les artistes durant les rappels ! Chœurs très au point d’Aurore Marchand et  chorégraphie impeccable d’Éric Belaud ce à quoi on est agréablement habitué. Fin d’année 2018 en demie teinte donc… (30 décembre).

 

Frédérick Haas ou le clavecin à son apogée

C’est avec un claveciniste français chevronné (il est né à Quimper en 1969) que débuta l’année 2019 dans le cadre de « Musique baroque en Avignon » dans l’amphithéâtre Mozart du Conservatoire du Grand Avignon : Frédérick Haas est en effet un grand connaisseur du répertoire du clavecin en sa glorieuse époque ; il joue et enregistre les œuvres de Bach, (les « Suites anglaises »), Rameau (intégrale de l’œuvre pour clavecin ) et d’Anglebert ( les « Suites » pour clavecin) tout ceci chez Calliope mais aussi, et c’est dans celles-ci qu’on l’entendit, celles de Domenico Scarlatti (21 sonates chez Calliope toujours)  et, en miroir , celles de François Couperin (chez Alpha), deux maîtres du clavier  aux XVIIeet XVIIIesiècles  l’un en Espagne (d’origine italienne, on sait que Scarlatti fit carrière essentiellement à Madrid auprès de la reine Maria-Barbara qui fut son élève), l’autre en France fort apprécié par le Roi Louis XIV. Du premier on savoura neuf de ses Sonates (rappelons qu’il en composa…555 !), chacune en un mouvement, d’une extraordinaire variété, tout comme le sont les dix-neuf pièces du second qui portent toutes des titres séduisants, notamment sous l’appellation générique  des » Folies françoises ou les Dominos » puisées dans le Treizième Ordre de son 3eLivre (La virginité, La pudeur, L’ardeur ou les Coucous Bénévoles, La Jalousie taciturne, La Frénésie… !) telles d’ente elles évoquant les célèbres « Barricades mystérieuses ». Frédérick Haas jouait un somptueux clavecin cordé en boyaux d’Augusto Bonza, modèle de 1600 réalisé en 1991. On ne vit pas le temps passer et l’on dégusta avec délices ce programme admirablement composé (13 janvier). Signalons que Frédérick Haas a fondé sa propre maison d’édition, « Hitasura Productions » pour laquelle il a déjà enregistré des concertos de Bach, des Sonates de Scarlatti et récemment le second Livre du « Clavier bien tempéré » de Bach.

Opéra Confluence : « La Bohème » ou les amours de Rodolfo et de Mimi

Quatrième opéra de Puccini créé à Turin en 1896, « La Bohème » connut comme le précédent, « Manon Lescaut », un succès mondial auquel le jeune chef Arturo Toscanini ne fut pas étranger. Les librettistes Illica et Giacosa s’étaient inspirés du roman de Murger, « Scènes de la vie de Bohème » qui se déroulait dans le Paris des années 30 et 40 du XIXesiècle. Cet opéra s’articule en quatre tableaux (« quadri ») et conte les amours d’artistes impécunieux et de leurs maîtresses, mettant l’accent sur celles de Rodolfo, poète, et de Mimi, fleuriste, et en contrepoint celles du peintre Marcello et de la chanteuse Musetta. À Avignon, ce chef d’œuvre bénéficia de la nouvelle mise en scène de Frédéric Roels qui connaît bien ce répertoire, tout comme Samuel Jean premier chef invité de l’ORAP qui dirigeait « La Bohème » pour la première fois ; il y a mis toute sa passion mais aurait dû retenir quelque peu les cuivres tonitruants au premier acte jusqu’à couvrir parfois les chanteurs ; parfait en revanche lors des deux derniers actes. Lionel Désire signait des décors minimalistes – ce qui obligeait fort judicieusement à se concentrer sur le jeu des protagonistes – et les costumes contemporains du temps de l’histoire, les années 1840 du XIXesiècle parisien, très réussis ; Roberto Venturini créait des lumières qui soulignaient discrètement les différents moments de l’action. Belle distribution, avec au premier chef, une Ludivine Gombert en progrès constants, parfaite incarnation de Mimi sur le plan vocal comme sur celui du jeu, et Davide Giusti en Rodolfo, handicapé pourtant par une bronchite, et qui sut donner le meilleur de lui-même nonobstant cette situation. Il fut soutenu dans ces circonstances par le Marcello de Philippe-Nicolas Martin qu’excitait la pétulante Musetta d’Olivia Doray, remarquable d’engagement vocal. Boris Grappe en Schaunard et David Ireland en Colline s’étaient mis judicieusement au diapason des protagonistes. Chœur et Maîtrise au 2eacte, corrects sur le plan vocal, se disputaient un espace limité, et l’on put regretter l’absence de la fanfare qu’on entendit mais ne vit point ! Au total, un bien programme donc (18 janvier).

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